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ثقافة Hors-jeu flagrant de Sami Tlili : Foule, Bavure et Solitude

نشر في  18 ديسمبر 2021  (18:45)

« Hors-jeu flagrant » de Sami Tlili est sur les grands écrans depuis le 15 décembre. Projeté en première partie avant Communion, le dernier-né du réalisateur Néjib Belkadhi, le film raconte l’histoire d’une dérive sociale. Le réalisateur oppose, à cet effet, deux mondes, celui d’une foule délurée, éprise de football et scotchée devant un écran télé dans un bar qui transmet un match de l’équipe nationale, à celui d’un homme solitaire qui charge des cartons dans le coffre de sa voiture.

Durant cette nuitée, ou plus précisément durant les 90 minutes de la rencontre footballistique qui oppose la Tunisie au Maroc, le jeune homme qui venait de prendre la route avec ses cartons se fait intercepter par deux agents de police qui cherchent à connaitre le score du match. Commence alors une confrontation inattendue, un contrôle policier qui dégénère et le jeune homme se fait maltraiter.

A travers cette histoire, le réalisateur propose son point de vue sur une société qui a perdu le sens de la mesure. Une société qui se passionne à mort pour le football, qui construit un dénominateur social commun sur la base d’appartenances exagérées car rejetant toute différence.

Cette société, dans laquelle le réalisateur représente le pouvoir par les forces de l’ordre, s’appuie sur le contrôle et la sanction. Celui qui se différencie, qui se met à l’écart, qui développe une singularité est automatiquement pris pour cible. La séquence de l’agression du jeune homme est à juste titre évocatrice de cette banalité du mal qui devient chose permise, chose courante. 

Dans nos sociétés de contrôle, tout doit être en conformité avec l’ordre établi, avec le groupe dominant, avec la foule fanatique dont l’homogénéité est rassurante, et tous ceux qui osent défier le système souffriront dans leur chair. C’est le parti pris critique du film, de cet « hors-jeu flagrant », titre à double versant, l’un sportif faisant référence au match, l’autre social évoquant la bavure policière. 

Sur le plan de la forme, Sami Tlili recourt aux plans larges. S’il y a foule, l’image est saturée et fait référence à ce corps social compact avec une picturalité fortement symbolique d’une forte union autour de valeurs communes. Par contre, lorsque le personnage central est solitaire et éloigné des autres, l’image souligne la marge de l’isolement et toute cette distance prise à l’égard de son environnement social.

Ces choix artistiques se reflètent aussi au niveau de l’image qui exprime une âme forte et fragile à la fois. Un mélange qui renvoie à cette histoire de société en dérive dans laquelle le groupe abuse par sa fusion exclusive, par son fanatisme ou bien dans laquelle l’individu se délie totalement du groupe pour dévier vers une forme ou une autre d’extrémisme.

Mais Sami Tlili reste dans la suggestion, son film ne tranche d’ailleurs pas, laissant la fin ouverte pour l’interprétation libre du spectateur quant à la véritable identité et à la nature de la mission du personnage principal. Chokri, est-il vraiment ce jeune homme, aux apparences tranquilles, qui transportait simplement des livres, symboles de connaissance et d’ouverture sur l’autre ou bien est-il ce loup solitaire qui cherchait à livrer une marchandise douteuse (des explosifs peut-être) symbole de la mise à mort de l’autre.

Mais qu’importe le dessin final puisque la narration dans sa globalité est au service d’une critique sociale qui dit beaucoup sur la démesure de nos peuples et sur le prix à payer à chaque fois qu’une personne cherchera à être singulière.

Chiraz Ben Mrad